Avec le développement de la circulation routière à la fin des années 20 certains employés de la voirie sont orientés vers des fonctions de contrôle de la circulation. C’est le cas de Théophile Lévesque qui devient officier de police motocycliste à Sayabec dans la vallée de la Matapédia au début des années 30. Son Fils Renaud se souvient :
«Fin des années 20, Théo commence à travailler au Ministère de la voirie dont il devient le premier conducteur de tracteurs à l’Est de Québec. […]
Jusqu’à la fin des années 20, il y avait peu de circulation sur les routes et le personnel de la voirie tenait lieu de police de la route. C’est au tout début des années 30 qu’on créa la Police de la route et Théo obtint un poste, sans doute avec un coup de pouce du député libéral, monsieur Jos. Dufour de Saint-Moïse Station, aujourd’hui Saint-Noël.[…] Comme il était libéral, et qu’en 1936, Duplessis devint Premier ministre et que le député du comté était de l’Union Nationale, le lendemain de l’élection le nouveau député envoya un camion de la voirie chercher la motocyclette pour la confier à un ami de l’Union nationale. Et voilà pour les formalités d’embauche! En 1939, c’est Adélard Godbout qui forme un gouvernement libéral. Comme une Fonction publique a été créée et qu’il deviendra difficile de mettre à pied les fonctionnaires sans enquête, dit-on, Théo se sent en sécurité pour reprendre du service. Mais en 1944, c’est la fin du régime Godbout, Duplessis est à nouveau Premier ministre, et Théo est mis au rancart, n’ayant pas la bonne allégeance politique. Il passa sa vie à clamer qu’il avait été victime d’injustice. Quand quelqu’un lui demandait ce qu’il avait fait dans la vie, sa réponse était invariable: «J’étais police de la route.» En fait, il le fut pendant probablement neuf ans, terminant sa carrière avec le rang d’enquêteur.
Au cours de cette période, comme position de recul, Théo pouvait toujours retourner aux tracteurs. Même quand il était policier, les routes n’étant pas ouvertes à la circulation l'hiver avant le début des années 50, il pouvait faire ce travail l’hiver.»
Source : Les Levesque de Hautot-Saint-Sulpice à Sayabec – Histoire et généalogie. Montréal, Les éditions du Grand lac, 2006.
Le territoire sur lequel patrouillait Théophile Levesque était immense et couvrait la région de St-Moïse jusqu'à Matapédia, soit une distance de plus de 120 kilomètres sur le boulevard Perron qui ceinturait la Gaspésie, sans compter les routes secondaires de l'arrière-pays. L’hiver les routes étaient fermées à la circulation ne nécessitant pas de surveillance policière. Théo reprenait du service en mai jusqu’au mois de novembre où la voirie venait chercher la moto pour en assurer la maintenance.
Lorsqu'il y avait un accident, l'officier se rendait sur place pour établir un rapport d'enquête. Il pouvait comme cela couvrir de longues distances.
A l'époque la moto du policier représentait un véritable symbole de l'autorité bien plus que son badge.
Théophile stationnait sa moto devant son domicile qui lui servait également de bureau. C'était une façon d'indiquer au public où se trouvait le bureau de police.
Quand il interpellait un conducteur en état d'ébriété il avait alors recours à son automobile personnelle pour amener aussitôt le contrevenant à la prison de Rimouski.
Voici une anecdote qui a marqué son fils. Alors qu’il traversait le village de Causapscal, Théophile s'est fait couper le chemin par un chien Berger Allemand. Ne pouvant l'éviter, il a frappé le chien à pleine vitesse et s'est retrouvé projeté dans les airs. Aussitôt, il a sortit son revolver pour abattre l’animal. Les propriétaires du chien se sont interposés, lui promettant qu'ils allaient tué le chien eux-mêmes. Renaud se rappelle que son père lui ait ensuite montré l’animal bien vivant.
Lettre rédigée par Théo :
C-O-P-I-E
Sept-Iles le 27 Mars 1965
A QUI CELA PEUT CONCERNER
1. Je suis entré au ministère de la voirie, en 1927, comme mécanicien et j’occupai cette charge jusqu’au mois de Mai 1934.
2. En mai 1934, toujours pour le Ministère de la Voirie, je fus promu agent de la circulation, pour le district de Matapédia et remercié de mes services immédiatement après les élections de 1936, par télégramme, sans délais et toutes les démarches faites pour obtenir une enquête restèrent sans réponse et je n’ai pu savoir la raison de mon renvoie.
3. Les élections de 1939 ayant de nouveau porté le parti libéral au pouvoir, je fus réinstallé, comme agent cycliste de la Police de la Route, pour le Département du Procureur Général, fut promu enquêteur en 1963; grâce à ma conduite et a mon travail.
4. Les élections d’août 1944 ayant, comme en 1936, porté l’Union Nationale au pouvoir; l’on travaille immédiatement à ma perte et le 3 avril 1945, j’étais accusé d’avoir violé les dispositions de l’article « 60 » de la loi du service civil, en me livrant à un travail de partisan, en temps d’élection.
5. Je produisis alors un affidavit réfutant cette accusation ainsi que dix-huit autres, tous assermentés devant notaire et provenant de chefs et organisateurs de l’Union Nationale et je demandais qu’une enquête soit instituée dans mon cas, cela, lors même que les documents produits seraient jugés suffisants pour prouver ma non culpabilité.
6. Le 15 mai 1945, sans avoir obtenu l’enquête demandée, je recevais un avis de destitution prenant effet le même jour, c’est à dire dans délais et l’on avait dû pour cela faire passer un arrêté en conseil, lequel arrêté porte le numéro 1720.
Ce que mentionné a été ma récompense pour quinze ans de loyaux services et ma punition pour ne pas avoir adhéré à la religion Nationale et à sa politique de « Crois ou Meurs ».
Théo. Lévesque