La Congrégation des Filles de Jésus est d'origine française.
La Congrégation des Filles de Jésus s'est enracinée dans l'histoire de Sayabec en 1905 mais ses origines remontent à 1834, en France, plus précisément à Bignan, petit village de Bretagne. Le bon et clairvoyant curé Pierre Noury a conçu le projet qui ne s'est concrétisé que 50 ans plus tard avec l'abbé Yves-Marie Coëffic et grâce à Perrine Samson, femme de prière et d'action, qui deviendra Mère Sainte-Angèle lors de sa profession avec quatre compagnes, le 25 novembre 1834. Cette humble fondatrice pouvait lire mais elle ne savait pas écrire. C'est d'une croix qu'elle signera son acte de profession religieuse. Toute sa vie, elle demeurera près du peuple et partagera jusqu'à son repas avec les pauvres. Sa simplicité et son dévouement resteront toujours une source d'inspiration pour les Filles de Jésus. S'ajoute une co-fondatrice, Mère Marie de Saint-Charles qui fut la quatrième supérieure générale; elle assumera cette responsabilité pendant 38 ans; c'est elle qui donnera la structure spirituelle et administrative à la Congrégation. La maison-mère qu'elle fera construire, à coups de miracles, elle l'appellera Kermaria, mot breton signifiant Village de Marie. Toutes les communautés sont dédiées à la Vierge. Toutes les sœurs portent son nom. La chapelle demeure toujours un lieu de pèlerinage populaire au grand protecteur de la Congrégation, saint Joseph.
Les Filles de Jésus arrivent au Canada en 1902
Les Filles de Jésus nous viennent donc de la France. L'application d'une loi interdisant aux membres des congrégations religieuses d'enseigner en France a amené les Filles de Jésus à émigrer dans d'autres pays à l'aube du XXe siècle. C'est en 1902 que Sœur Marie de Sainte-Élisabeth et Sœur Marie Sainte-Zénaïde sont venues s'établir au Canada, dans les Maritimes, au Québec et dans l'Ouest. En 1903, elles sont accueillies dans le diocèse de Rimouski et s'établissent à Notre-Dame-du-Lac. Dans les mêmes années, elles ont aussi travaillé sur la Côte-Nord. En 1904, elles iront enseigner à Cap-Chat, à Pointe-au-Père et à Ste- Adélaïde–de-Pabos. L'année suivante, elles viendront à Sayabec à la demande du curé fondateur de la paroisse, monsieur J.-Cléophas Saindon.
Au Québec, le berceau des Filles de Jésus est à Trois-Rivières. Leur maison provinciale y est construite, on l'appelle le petit Kermaria. Le temple de style gothique est la réplique aussi fidèle que possible de la chapelle du grand Kermaria de France. Quand les jeunes filles entrent au Couvent, elles vont faire leur noviciat à Trois-Rivières. Depuis le 23 mai 1967, « la Sacrée Congrégation des Religieux autorisait l'érection, en Province autonome, de la Vice-province Notre-Dame du Sacré-Cœur de Rimouski. »
Historique de la Fondation à Sayabec en 1905
La Mère Provinciale écrit à Monseigneur Blais,
Trois-Rivières, 19 mai 1905
À sa Grandeur Monseigneur Blais,
Rimouski
Monseigneur,
Je sais que depuis longtemps déjà Votre Grandeur a approuvé et encouragé le projet du Révérend Monsieur Saindon d'avoir des Filles de Jésus pour donner l'enseignement dans la paroisse de Sayabec.
Aujourd'hui, en vous transmettant le traité que je viens de signer, ainsi que les intéressés, je viens vous dire avec quelle joie nous acceptons ce nouveau poste dans votre diocèse.
Comme vous le remarquerez, Monseigneur, nous avons exigé ce qui est strictement nécessaire pour vivre, $350.00 au lieu de $300.00, qu'avaient votées Messieurs les Commissaires. Ce n'est pas trop pour l'entretien de quatre religieuses, la converse étant nécessaire aux autres pour le bon fonctionnement de leur mission auprès des enfants. Mais je vois que pour ce supplément Monsieur le Curé doit s'imposer des sacrifices.
Aussi, Monseigneur, je viens de lui écrire qu'en retour de son désintéressement, nous voulons bien nous charger du soin du linge de l'église, lavage, repassage, etc, soin également des ornements et parure des autels, heureuses par là de lui offrir quelque compensation.
J'espère qu'ainsi les conditions sont assez claires de part et d'autres, et que le Bon Dieu bénira les projets de manière à pouvoir les mettre à exécution au mois de septembre prochain.
Espérant que Vous n'y verrez rien à opposer, je Vous prie, Monseigneur, de me bénir avec toute ma communauté, et de croire une fois de plus aux sentiments respectueux et reconnaissants de
Votre bien humble fille en Notre Seigneur.
Sœur Marie de Ste Élisabeth f.j. Provinciale
Copie conforme aux Archives des Filles de Jésus de Rimouski
« Dans le courant du mois d'août 1904, Monsieur Saindon, curé de Sayabec, s'adressa à la Maison provinciale de Trois-Rivières pour avoir une colonie de trois sœurs enseignantes, auxquelles comme partout devait s'adjoindre une sœur converse.
Sa demande arrivait trop tard… le personnel disponible était en obédience, et nous fûmes forcées de la refuser à ce digne curé. Mais il ne perdit pas patience, il écrivit de nouveau pour avoir des Sœurs l'année suivante. Sur ses instances, on lui en promit.
Donc, dans les premiers jours de mars 1905, de passage à Sayabec, j'y descendis pour visiter le poste qui nous y était proposé. J'y trouvai Monsieur le Curé occupé à agrandir la maison d'école destinée à recevoir les Sœurs. On parla des arrangements qui ne furent définitivement conclus qu'un peu plus tard.
Le personnel nous faisant défaut, nous eûmes bien de la peine à trouver le personnel capable et nécessaire pour cette fondation où tout est nouveau, car la paroisse ne date elle-même que de 1894. Monsieur Saindon en est le fondateur. Grâce aux usines à bois qui existent dans la localité, de nombreux étrangers, parmi lesquels un certain nombre de familles irlandaises, arrivent à Sayabec pour y gagner leur vie, aussi il y fallait une bonne maîtresse d'anglais.
Sr Marie Pulchérie de Jésus, qui était depuis deux ans, sup. de la mission du S.C. de Shawinigan fut désignée pour être la supérieure de la nouvelle colonie, avec les sœurs Marie St-Ruffin et Marie Ste Yolande. Toutes trois devaient se partager l'enseignement, réservant à cette dernière la partie anglaise, qu'elle pouvait prendre sans hésitation, puisqu'elle venait d'obtenir dans la Nouvelle-Écosse les diplômes et certificats anglais. Sr Marie St Odilon, converse, compléta la petite communauté.
Le 22 août 1905, Sœur Marie Pulchérie de Jésus, quitta seule la Maison provinciale pour ne rejoindre qu'à Sayabec même ses trois compagnes de dévouement. Sœur Marie St Ruffin et Marie St Odilon arrivaient de Bathurst et Marie Ste Yolande de Chéticamp.
Les unes et les autres, fidèles à la voix de l'obéissance, se trouvèrent réunies le 23 août. Elles furent simplement reçues par le digne curé, chez lequel elles séjournèrent qu'un jour, car on se diligenta pour disposer dans le couvent, le strict nécessaire, afin de pouvoir y habiter.
Le 4 septembre, les classes s'ouvrirent avec le respectable chiffre de 145 élèves, chiffre qui grossit de jour en jour. Aujourd'hui, 8 octobre, jour où je relate ces courtes notes, le nombre en est de 170, chiffre trop fort assurément pour trois maîtresses. Une quatrième est demandée, et plaise à Dieu que je puisse bientôt répondre à cette nécessité bien légitime.
Sur la demande de la Supérieure, cette petite fondation est sous le vocable de Notre Dame de Bonne Espérance.
Sœur Marie de Ste Élisabeth
Provinciale.
Copie conforme aux documents des Archives Des Filles de Jésus Rimouski.
Suit un autre texte officiel daté de 1905 :
Traité (Sayabec)
Entre les soussignés, Messieurs les Commissaires d'écoles de Sayabec d'une part :
Et Rde Sœur Marie de Ste-Élisabeth, provinciale du Canada, représentant Rde Mère Marie de Ste-Blandine, Supérieure Générale des Filles de Jésus, d'autre part, il a été convenu ce qui suit :
Article l
Messieurs les commissaires demandant trois Sœurs institutrices pour tenir les cours modèles et élémentaires de leur arrondissement No. 1, s'engagent à leur fournir :
I Une maison d'habitation et des salles de classes convenables, à fournir le bois de chauffage et à faire à ces bâtiments les modifications et les réparations qui seront reconnues nécessaires.
II À leur fournir les principales pièces de ménage, lits, tables, chaises, etc.
III À verser à chacune des Sœurs institutrices un traitement annuel de $ 100.00 et de $ 50.00 à la Sœur converse payable comme suit : un tiers au 1er septembre, au 1er janvier et au 1er mai.
Article II
Contre cette rémunération, la Sœur Provinciale s'engage à placer à Sayabec trois Sœurs compétentes pour donner l'enseignement proprement dit :
Tenue des livres, des registres, surveillance des enfants, etc. etc. conformément aux usages et règlements scolaires du pays.
Article III
Si la présente convention devait être résiliée, la partie qui délaisse devra avertir l'autre partie quatre mois à l'avance,
Sœur Marie de Ste-Élisabeth J.C.. Saindon, Prêtre
Fille de Jésus, Provinciale Président
L.A. Joubert, sec. Edouard Santerre Frère Largerie
Le président s'engage à payer $ 50.00 à la Sœur converse et à fournir le mobilier.
Lettre d'obédience, 20 août 1905
Nous vous envoyons à notre Communauté de Sayabec (Canada) pour y remplir les fonctions de Supérieure et pour la 2e classe, soeur M. Pulchérie de Jésus, soeur Marie de St-Ruffin, pour la 3e classe, soeur Marie de Ste-Yolande pour la 1re classe, et sœur Marie de St-Odilon pour la cuisine etc…
Copie conforme aux archives Des Filles de Jésus de Rimouski.
Le temps est venu
Le 24 août 1905, les Religieuses sont accueillies par monsieur le curé Saindon; le 4 septembre, l'école modèle ouvre ses portes à 145 élèves dont le nombre passe à 170, un mois plus tard. Quatre Filles de Jésus y dispensent l'enseignement. Avec le temps, des institutrices laïques s'ajouteront au personnel pour assurer l'instruction et l'éducation d'une clientèle scolaire en croissance.
L'école devenue désuète est remplacée par le Couvent en 1915. Il se nommera « École supérieure Marie- Immaculée » (E.S.M.I.) en 1945. Notons que les religieuses logent dans cette bâtisse et avec le temps, il faudra plus d'espace pour les classes alors une résidence sera construite pour les religieuses en 1947-1948. Fini le temps où les arômes de la cuisine parfumaient toute l'école; nous ne passerons plus avec respect devant la chapelle; nous ne verrons plus les religieuses entrer dans la mystérieuse salle de communauté et la porte du dortoir sera désormais ouverte à une classe. En 1958, un agrandissement de huit classes est aménagé.
Seize ans plus tard, avec la construction de l'école polyvalente, l'École Marie-Immaculée devient déserte, et sera démolie en 1975. Les élèves du cours primaire sont déménagées à l'école Sainte-Marie. Les religieuses, devenues moins nombreuses, quittent leur résidence et vont demeurer dans une maison privée, rue Marcheterre. Les bureaux de la Municipalité de Sayabec sont installés dans la résidence.
Les Filles de Jésus à l'oeuvre
L'enseignement est dispensé aux filles et aux garçons jusqu'en 1911, alors que les Frères de la Croix arrivent et prennent la direction de l'académie Saindon.
Dès les débuts, les religieuses assurent l'enseignement des matières de base, ajoutent l'anglais pour répondre aux besoins d'une mince portion de la population et elles offrent des cours de musique surtout le piano, service qui se prolongera jusque dans les années 1970.
La réalisation de travaux manuels revêt une certaine importance, dès la 1re année, l'apprentissage commence avec un fuseau et de la corde; un programme gradué permet aux jeunes filles de s'initier au tricot, à la broderie, à la dentelle et à la couture. L'étude de l'économie domestique prépare la future maîtresse de maison aux tâches ménagères et les notions d'agriculture permettent d'acquérir des connaissances sur les animaux de la ferme, les instruments aratoires, les sols, les labours et les semences pour seconder le mari cultivateur ou pour aménager un jardin potager.
Les religieuses ouvrent un pensionnat. En 1920-1921, on y compte 34 pensionnaires. Nous ignorons les motifs de la fermeture. À la fin des années 1950, ce service est à nouveau offert au profit des filles de la campagne et du voisinage désireuses de poursuivre leurs études au cours secondaire. Quelque vingt pensionnaires bénéficieront de ce service cinq jours par semaine jusqu'à l'avènement du transport scolaire au début des années 60. Les photos d'archives et les souvenirs vous informent sur la tenue vestimentaire : les « robes de couvent » avec brodé ou dentelle au col et aux poignets avec une petite croix cousue au col . Pour les sorties, il faut porter un béret portant l'écusson F.D.J. À la fin des années 40, le collet de plastique vient faciliter l'entretien du costume.
Organisation des cours
En remontant dans les années 1920, nous voyons des groupes d'élèves de la « grande classe » qui font leur 7e ou 8e année; nous rencontrons aussi une classification dont on ne parle plus depuis longtemps. À titre d'exemple, une élève de 2e année A qui échoue se retrouve en 2e année B dans la même classe alors qu'une élève qui réussit monte en 3e année A et ainsi de suite. Dans les années 1960, les lettres A,B,C, désignent des groupes de même niveau et de même force ou à peu près. Les jeunes filles de la « grande classe » qui se destinent à l'enseignement doivent aller passer leurs examens à Rimouski chez les Sœurs Ursulines ou les Sœurs du Saint Rosaire pour recevoir leur brevet d'enseignement du Bureau Central des Examinateurs catholiques de la Province de Québec. À partir de 1940, les futures « maîtresses d'école » devront fréquenter l'École Normale pour obtenir leur qualification d'enseignantes.
L'année 1941-1942 marquera une étape à retenir au Couvent, une photo encadrée et suspendue sous l'horloge de la « grande classe le rappellera : pour la première fois, on a dispensé les cours de la 10e année et cinq finissantes, diplômes en main, sont fières d'entourer monsieur le curé Desrosiers.
L'année 1947-1948 sera aussi remarquable et une autre photo placée dans la classe rappellera l'événement : les trois premières graduées de 12e année en longues robes blanches, couronnées de roses blanches en compagnie de Mère Sainte-Alore, supérieure et de Mère Paul-Albert, enseignante.
Nous en viendrons à une 11e année terminale, à l'arrivée d'une 12e année régionale qui regroupera une clientèle plus nombreuse.
En 1947, nous verrons s'installer les rudiments d'un laboratoire pour l'enseignement des sciences. Les religieuses obtiendront aussi de la Commission scolaire quelques machines à écrire pour initier les grandes élèves à la dactylographie. Avant la classe, le matin, et pendant l'étude, le soir, les élèves de 10e. 11e et 12e années iront faire les exercices dans un local exigu entre la chapelle et la salle de communauté des religieuses. Voilà une initiative de taille dans une école qui ne dispense pas le cours commercial. Et les enseignantes de la 11e et 12e années réussiront à intégrer à leurs cours, une initiation à la sténographie. Ces ajouts aux programmes d'études prépareront plus adéquatement les grandes élèves à leurs éventuelles tâches professionnelles.
Moyens pédagogiques
Susciter et maintenir l'intérêt des élèves en classe et les faire réussir n'a jamais été tâche facile. Il faut beaucoup d'imagination et de créativité. Les Filles de Jésus nous ont laissé bien des souvenirs dans ce domaine. Nous en rappellerons quelques-uns Qui n'a pas participé à un bon combat où s'affrontaient deux camps avec chefs, sous-chefs et soldats qui mesuraient leurs connaissances en religion, français, mathématiques histoire et géographie?…Certaines religieuses avaient le don d'ajouter du décorum à l'activité en préparant pour chaque équipe des accessoires en papier crêpé : képis, collerettes, poignets… L'ambition de remporter la victoire stimulait à l'étude Vous vous souvenez des objets – avions, automobiles, anges, étoiles – qu'on glissait sur des fils au rythme des bons résultats. Apprendre la géographie à l'aide d'un chant qui contenaient tous les éléments à mémoriser devenait un plaisir. Les expositions de travaux, les dessins de Noël et de Pâques sur les copies d'examens qu'on offrait en cadeaux aux parents, les tableaux d'honneur sont autant d'initiatives qui aidaient les élèves à se surpasser. Aller montrer son cahier dans une autre classe, inviter les élèves d'un cours voisin à assister aux allocutions constituaient des stimulants exploités à bon escient. Il est impossible d'oublier, les images toujours désirées et appréciées et les récompenses, créations des religieuses, qui comblaient les élèves.
La visite de monsieur le Curé et de monsieur le Vicaire n'a rien de banal. D'année en année, le protocole se maintient : on porte le ruban d'honneur, ce ruban bleu passé autour du cou qui se termine en pointe avec une médaille de la Sainte Vierge. Il est devenu dans les années 40, une longue lisière de trois pouces portée en bandoulière et nouée à la taille. Les patins – semelles de tissu attachées aux souliers pour conserver la patine des planchers cirés – sont enlevés. Nous sommes interpellées dans l'ordre de la réussite. Quel bonheur que d'occuper la première place et de recevoir la médaille d'honneur pour tout le mois!. Quelle épreuve que de perdre son étoile et de déposer son ruban d'honneur sur le bureau. Lors d'un événement d'importance, l'élève privée de cette parure témoignera d'une humiliante punition.
Une autre visite demeure inscrite dans nos mémoires et dans les archives, monsieur l'Inspecteur vient deux fois par année vérifier la bonne tenue des classes : connaissances des élèves, discipline, assiduité et par le fait même, la compétence des enseignantes. Visite appréhendée et stressante qui devient plus reposante au moment où le personnage fait tirer ses prix, volumes convoités par tous les élèves et nous accorde un congé de devoirs.
La formation religieuse
Nous commençons la journée avec un cantique correspondant à la dévotion de la journée : lundi, le St Esprit; mardi, les Sts Anges; mercredi, St-Joseph; jeudi, le St Sacrement; vendredi, le Sacré-Cœur. La prière du matin suivra; après chaque récréation, nous récitons un Je vous salue Marie, dans les grandes classes, l'Angélus termine l'avant-midi alors que pour les petits, c'est le bénédicité; le chapelet commence l'après-midi et nous prions de nouveau à la fin de la classe.
Rappelons l'horaire spécial de la classe de 6e année qui
« marche au catéchisme » pendant un mois pour recevoir l'instruction religieuse donnée par monsieur le curé ou monsieur le vicaire. Il va sans dire qu'il s'agit davantage d'évaluer les connaissances acquises. La retraite prépare le grand jour de la Communion solennelle dont les photos conservent fidèlement le souvenir.
Tous les mois, les classes se rendent à la sacristie pour la confession. On nous exhorte à assister quotidiennement à la messe. Pendant le carême, nous sommes invitées à faire des sacrifices. Dans les circonstances spéciales, nous préparons un
« bouquet spirituel » pour offrir à monsieur le Curé, à mère Supérieure, à nos parents : messes, communions, chapelets, sacrifices et oraisons jaculatoires. C'est dire l'importance donnée aux valeurs spirituelles.
Aux fêtes de la Sainte Vierge et de St Joseph, les statues sont décorées et des prières spéciales sont récitées pour faire louange et demander des faveurs. À l'occasion, des tableaux vivants sont montés et des élèves personnifient la Vierge Marie.
La semaine des Vocations est préparée avec grand soin. Les initiatives se font nombreuses, les photos en témoignent. Nous sommes appelées à réfléchir sur notre orientation de vie et à prier pour faire le bon choix.
Le 25 novembre demeure la fête la plus joyeuse de l'année. Nous célébrons la Ste Catherine, journée anniversaire de la fondation de la Congrégation des Filles de Jésus. Les réjouissances se passent en après- midi seulement : la tire, les jeux, les chants, les sketchs, dans toute l'école, c'est le bonheur!
Un mouvement d'action catholique est implanté dans les années 30, la Jeunesse Étudiante Catholique On distingue les sections junior et senior. Par la méthode VOIR - JUGER - AGIR, les jeunes observent leur vécu à la maison et à l'école pour entreprendre des actions susceptibles d'améliorer le milieu. Les religieuses animent ces groupes dont le vicaire de la paroisse est l'aumônier.
Dans les années 40, un nouvel instrument de réflexion et de formation est offert : la section des Jeunes de la revue diocésaine Le Centre Saint-Germain . L'animation est laissée à l'initiative des religieuses et des laïques enseignantes.
Pendant des décennies, la formation religieuse est intensive et répond aux aspirations de la famille, de la société et de l'Église.
La formation culturelle
Rappeler toutes les facettes de la formation culturelle s'avère un défi de taille. L'après-midi commence toujours avec un chant. Il faut repasser les Cahiers de la Bonne Chanson pour prendre conscience du nombre imposant de chants appris à l'école. Les pièces polyphoniques présentées lors des séances paroissiales sont fort nombreuses.
Nous apprenons de belles récitations, poèmes choisis, qui ne serviront parfois qu'à développer notre mémoire et notre goût du beau. L'art de la scène aura sa place lors de la fête de monsieur le Curé, de mère Supérieure, des Mères. Que de déclamations, de saynètes, de danses, de pièces de théâtre, d'œuvres musicales se joueront alors. Les programmes souvenir en nous disent long sur tous les aspects de la personnalité développés par ces démonstrations.
Que dire du musée installé dans la grande classe? Une armoire vitrée de quelque dix pieds de large couvre une partie du mur est du plancher au plafond. Des miniatures : rouet, dévidoir, métier à tisser… fabriquées par des parents d'élèves s'y trouvent; minéraux identifiés, oiseau empaillés, insectes séchés, feuilles d'herbier, sabots de Bretagne, alphabet chinois…Que de pièces à découvrir! Que d'éléments captivants pour distraire les esprits en quête d'idées dans la rédaction des travaux!
Du côté opposé, la bibliothèque, cette autre armoire vitrée, fait le coin sud-ouest. En 1947-1948, elle contient 205 volumes. Les élèves des autres classes viennent le vendredi après-midi échanger leur livre de lecture. Des élèves supervisées par l'enseignante sont chargées de la tenue du cahier des livres en circulation.
Les élèves sont aussi invitées à s'abonner à des revues littéraires. Dans les années 30, on lit La ruche littéraire. Plus tard, « L'Abeille » circulera dans l'E.S.M.I.. Les étudiantes auront hâte de recevoir leur mensuel toujours vite parcouru.
Les Jeunes Naturalistes montent avec fierté leur herbier et enrichissent leurs connaissances de la nature par des excursions guidées, des cercles d'études et leur revue. L'initiative des sorties en pleine nature se perpétue, surtout pour les classes des grandes. C'est un pur bonheur de sentir la libération des cours habituels et de partir, une fois par année, avec notre religieuse pour revoir des notions de botanique et cueillir des feuilles en pique-niquant.
En somme, les élèves reçoivent une formation qui les éveille à la culture avec les moyens du temps.
Les temps changent
Les structures scolaires ont évolué, les effectifs de la Congrégation ont diminué et la présence des Filles de Jésus dans l'enseignement s'est modifiée. En 1964, la direction de l'école primaire était confiée à une laïque. Quelques religieuses faisaient partie du personnel lors de l'inauguration de la Polyvalente en 1974 mais la dernière enseignante quittait en 1977. Elles ont pour suivi le travail à l'école primaire. En 1987, c'était le grand départ et de l'enseignement et de la paroisse. Nous avons regretté cette situation que nous n'avions pas souhaitée. Nous avons gardé les liens, la semence d'associés à la Congrégation était jetée en terre et en juillet 1993, les religieuses nous revenaient.
Nous sommes loin des années d'abondance où la communauté de Sayabec comptait huit sœurs, les tâches ne sont plus les mêmes non plus. Nos deux Filles de Jésus sont actives dans le milieu et répondent à des besoins nouveaux. L'aide aux jeunes élèves en difficulté constitue pour elles une priorité. L'engagement dans la pastorale paroissiale, la liturgie et la visite aux aînés apporte aide, soutien et réconfort chez nous. Elles contribuent aussi à l'animation du groupe d''AssociéEs à la Congrégation dont un premier membre est actif depuis 1994. Le chêne continue de grandir et l'espérance nous habite.
Les anniversaires
En 1955, le ruban des années se boucle au chiffre d'or pour la Congrégation des Filles de Jésus à Sayabec. Les 1er, 2 et 3 octobre des festivités regroupent religieuses, anciennes élèves,
personnel enseignant, personnalités religieuses et civiles pour la fête de la reconnaissance.
Vingt–cinq ans plus tard, la communauté chrétienne soulignera, à la fête de l'Amour, le 15 juin 1980 et lors d'une messe d'action de grâce, le 31 août de la même année, les 75 ans de présence des Filles de Jésus à Sayabec.
En cette année 2005, nous célébrons avec bonheur, les « Cent ans d'amour dans l'action » des Filles de Jésus chez nous. Nos retrouvailles préparées avec dynamisme et dans l'harmonie par des équipes d'élèves et d'amis des Filles de Jésus sont vécues dans la joie, la simplicité et l'action de grâce. Elles se veulent une hymne de reconnaissance à ces grandes éducatrices qui ont contribué à façonner notre milieu à la manière de Jésus et à préparer pour l'Église et la Société des personnes qui, à leur tour, rendront le monde meilleur. Ensemble, nous avons fait croître le chêne symbolique fortement enraciné et porteur de fruits d'humanité.
Jacqueline Paquet