Rencontrer madame Marie-Ange Boulay, c'est vivre un temps de détente. Après les salutations d'usage, je constate qu'elle est heureuse dans son bel appartement du Pavillon Saindon où elle demeure depuis cinq ans. On y respire les odeurs de ses galettes et de son pain de ménage qu'elle n'a cessé de cuisiner et de distribuer aux siens et même à ses voisins qui m'on parlé de sa générosité.
Cette dame naît à Sainte-Florence, le 5 juin 1920; son père, Honoré et sa mère, Malvina Castonguay, ont neuf enfants dont elle est la quatrième. Elle n'a que neuf ans lorsque sa mère décède. C'est sa grand-mère Castonguay, alors âgée de 62 ans, et son grand- père, 56 ans, qui ont pris la relève en adoptant huit des neuf enfants; ils ont laissé le bébé aux soins d'un autre parent. Ils sont donc élevés par les grands-parents maternels qui demeurent à St-Cléophas et déménageront bientôt à Sayabec d'abord sur la route Nationale est, face à la route Pouliot puis cinq ans plus tard, route Nationale ouest sur la ferme de monsieur Jean-Baptiste Boulay, voisin de monsieur Achille Boucher où demeure Albert, son futur époux.
Le temps venu, ils se courtisent deux ans et c'est le 18 avril 1938, en l'église se Sayabec qu'ils s'engagent pour la vie. Quelle heure est-il? Cinq heure du matin, puisqu'il faut déjeuner avec les familles avant de prendre l'Océan Limitée qui passe à 7 h 30 pour le voyage de noces au Nouveau-Brunswick.. Ils vont visiter monsieur Honoré Boulay. Bien des souvenirs se rattachent à la préparation de cette semaine de repos. Albert avait fait sa « run de mariage », comme on disait dans le temps, il avait travailler 100 jours dans le bois pour monsieur Paul Tremblay, pendant que Marie-Ange préparait son trousseau. Initiée qu'elle était à la couture, au tissage et au tricot, nous devinons que son « coffre d'espérance était bien garni ».
Au retour, ils s'installent chez les parents d'Albert; où ils demeureront 60 ans. C'est l'adaptation à la nouvelle famille composée des beaux-parents, de deux beaux-frères; ils étaient six adultes en attendant les bébés qui se sont succédé 13 fois.
Je les nomme :
- Jeannine, 27 février 1939, Jean-Paul Caron, (décédé), France, Pierre, Danielle et Lucie, Val-Brillant
- Jean-Baptiste, 22 juillet 1940, Yolande Otis, Christian, Sayabec
- Paul-Émile, 20 décembre 1941, Denise Huard, Montréal
- Denise, 18 septembre 1943, René Rioux, Bruno, St-Gabriel
- Pierrette, 10 juillet 1945, Bertrand Chouinard, Pierrot, Mario, Serge et Nathalie, Sayabec
- Adrienne, 6 août 1947, Jean-Yves Plourde (décédé) Serge : Claude Lefrançois, s, Katie, Sayabec
- Alice, 19 mars 1950, Jean_marie Charest, Éric, Johanne, Dave, Mike, Christina, Mont-Joli
- Ghislain, 29 août 1951, Irène Légaré, Bruno, Montréal.
- Roland, 19 novembre 1953, Johanne Poissant, St-Jean
- Marthe, 10 décembre 1954, Denis Dubé, Annie et Jacques, St_Anaclet
- Pierre, 29 avril 1957, Suzanne Huard, Line et Stéphane, Montréal
- Gilles, 17 août 1959, Monique Poissant, Valérie et Alexandre, St-Jean
- Sylvie, 29 octobre 1964, Rémi Fournier, Marie-Pier, St-Anaclet
La famille compte 14 arrière-petits-enfants.
Madame Marie-Ange n'a pas perdu son entraînement au travail. Son appartement bien entretenu est aménagé pour recevoir ses enfants. Elle cuisine avec bonheur et elle tricote encore bas et mitaines pour répondre aux besoins de sa famille. Tout se vit avec amour dans la plus grande simplicité.
Quelle dose de courage et de patience il a fallu à cette femme dépareillée pour donner à chacun sa part de tendresse et d'attention maternelle! Dire qu'a ma demande, elle avait répondu : « Je n'ai rien fait de spécial dans ma vie ». Qui vous donne raison maintenant chère Madame? À la connaissance de votre vécu, on devine les heures consacrées à tout ce monde qui habitait sous votre toit avec votre marmaille. Toute votre vie, vous avez été disponible aux autres. Vous avez aimé, servi et donné.
Madame Marie-Ange, merci bien sincère, pour votre accueil qui nous comble. Nous apprécions le temps que les nôtre nous donnent pour enrichir notre journal communautaire. De bonnes gens ont bâti chez nous un héritage humain fort appréciable qu'il nous faut connaître et inscrire dans nos archives locales.
Dolorès Turcotte