J'ai pour vous un lac
Au hasard de nos rencontres, il nous arrive souvent de parler du lac Matapédia. Nous sommes tellement habitués à sa présence, qu'on le désigne tout simplement '' le lac ''. Notre relation se compare à celle d'un vieux couple connu par la radio et la télévision où l'homme appelait son épouse '' la femme ''. Il fait tellement partie de nos vies qu'on oublie facilement son histoire et ses possibilités infinies face au développement économique de notre milieu.

L'histoire de notre région est intimement liée à l'exploitation forestière et à la présence du lac Matapédia. En 1833, Pierre Brochu fut le premier colon à s'installer sur les rives du lac. À l'époque, le terme '' colon '' désignait en réalité un bûcheron qui établissait son domicile sur un lot qu'il avait défriché afin de loger et nourrir sa famille . Ainsi, Pierre Brochu s'était vu octroyer un terrain de trois cent arpents compris entre le lac Matapédia, le chemin Kempt, la rivière St-Pierre et la rivière Noire. L'histoire nous rapporte que le chemin Kempt n'était qu'un tracé dans les hauteurs et les marécages et qu'il n'y avait pas de route sur les bords du lac Matépédia. Un grand bac, conduit par Pierre Brochu, amenait les voyageurs de Sayabec à Amqui.

Au tout début du 20e siècle, la compagnie Fenderson transportait le bois de La Seigneurie sur le lac, été comme hiver. C'est à ce moment qu'on a donné des noms à différents lieux pour se retrouver plus facilement : la Roche-à-Pouliot, l'île-à-Fred, la Pointe-à-Smith, la Baie Paquet, la Baie-à-Charlie, la Baie-du-Père-Élie, l'Île Matane, etc.

De nos jours, la ive sud du lac voit apparaître de plus en plus de constructions nouvelles. Plusieurs chalets d'été sont remplacés par des résidences principales. Les riverains doivent s'adapter à de nouvelles règlementations pour protéger les bandes riveraines et par le fait même la qualité des eaux.

Certaines espèces d'oiseaux qui avaient presque disparues à cause des insecticides utilisés dans les années soixante se reproduisent plus facilement. C'est toujours impressionnant d'apercevoir des pygargues à tête blanche et des grands hérons ou d'entendre le cris des huards tôt le matin. Même les oies blanches, de plus en plus nombreuses, s'éloigne des battures du fleuve et viennent parfois s'y rassembler par milliers et nous offre alors un spectacle saisissant. Pour les ornithologues amateurs, le printemps offre l'occasion d'observer une très grande variété d'oiseaux aquatiques. Si vous êtes chanceux, vous aurez l'occasion de voir les loutres courir de courtes distances sur les blocs de glace pour ensuite se laisser glisser sur le ventre avant de disparaître sous l'eau.

À Sayabec, quand on discute de température, on parle des effets du lac qui prolongent l'automne et retardent l'arrivée de l'été. Habitués à le voir près de nous, on oublie comment il peut être beau à l'occasion. Ses couchés de soleil valent certainement ceux qu'on retrouve dans les sites spécialisés sur Internet. Ses levés de soleil au mois de mai sont féériques, mais seuls les lève-tôt et les mordus de la pêche peuvent en témoigner. Il arrive aussi que le pollen des arbres à la dérive nous offre des couleurs et des dessins saisissants.

En plus de ses beautés, le lac nous offre un potentiel économique inexploité. C'est le plus grand terrain de jeux de la Vallée. Le printemps , c'est la pêche; l'été : la natation, la voile, le canot, le kayak, la moto marine, les embarcations à moteur et l'hiver : le ski de fond, la raquette, le patinage, la motoneige. Depuis quelques années, un sport nouveau à multiples facettes a fait son apparition : le ski tiré par une voile. Enfin, nous suivons avec intérêt le développement domiciliaire prévu sur la rive nord  à proximité de la Baie-à-Charlie. Une cinquantaine de terrains seront bientôt en vente pour y bâtir des résidences haut de gamme.

Plusieurs écrivains nous ont vanté les lacs qu'ils ont cotoyés. Pour ma part, c'est Gilles Vigneault qui m'inspire le plus avec sa chanson '' J'ai pour toi un lac ''. Comme il a déjà séjourné au bord du lac Matapédia avec son ami, l'abbé Jean-Marie Ratté, pourquoi ses paroles ne s'appliqueraient-elles pas au lac Matapédia?

  
Jean-Claude Gagné
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Volume 29 no 2