Revenir dans son village
Comme il me semble que dans la vie, le voyage est aussi important que la destination, j'essaie tant bien que mal d'en saisir le meilleur, que ce soit en lien avec le milieu où je me trouve ou en rapport avec les gens que je côtoie.  J'ai eu l'occasion de demeurer plusieurs années à Val-Brillant ainsi qu'à Saint-Léon-le-Grand.  Au cours de ce périple, j'ai passé de très bons moments et me suis fait de bons amis.
Né et baptisé à Sayabec en 1950, j'y ai passé plus d'une vingtaine d'années avant de quitter pour les études et finalement connaître d'autres beaux coins du Québec et aussi de La Vallée.  Alors pourquoi revenir ?  D'abord, j'ai toujours gardé ce sentiment d'appartenance à la communauté sayabécoise et me suis identifié fièrement comme un ''gars de Sayabec'' partout où je suis passé.  Et inversement, même si je travail à Amqui depuis plus de trente ans, tous me reconnaissent comme un gars de Sayabec.
J'ai donc compris que pendant ma jeunesse, je me suis fait d'importantes racines sur ce coin de terre et que, même si le ciel semble le même vu de partout, pour moi, il est toujours différent lorsque je le regarde d'ici.
J'ai vécu une enfance heureuse, un peu due à l'époque où nous avions le monde à reconstruire, où le projet de société était tellement clair que nous pouvions le dessiner.  Il me semble que tout était merveilleux.  Pourtant, ce n'était pas l'abondance matérielle, mais comme tout le monde était plus ou moins pauvre et que nous n'avions pas tellement à envier, l'imagination aidant, tout était à notre portée.
Ceux de ma génération ne peuvent avoir oublié les baignades au ''croche des garçons'' dans la rivière Saint-Pierre, le restaurant    ''Le Rendez-vous'' où nous pouvions danser et flirter, et quoi encore... Bien sûr, des souvenirs, c'est personnel et chacun a les siens.  En ce qui me concerne, je ne pourrai jamais oublier les pique-nique familiaux au lac Matapédia, les parties de pêche et tellement d'activités qui, juste à y penser, me font un peu tourner la tête : un temps que je conserve précieusement.  J'ai vécu ici des moments magiques, dans ces champs infinis où l'herbe était tantôt refuge, tantôt champ de mines.  Nos souvenirs n'ont pas d'âge, ils sont d'hier et je suis reconnaissant à la terre qui m'a permis de les vivres.
De retour en juillet 2006, j'ai trouvée une communauté accueillante et dynamique, un temps agréable aussi à reconnaître ceux et celles qui ont changé et ceux qui ne changeront jamais.  Après bien des découvertes, parfois des surprises, j'ai aussi fait de nouvelles rencontres. À écouter, à échanger, à questionner, j'ai saisi un peu l'âme du milieu, j'ai réappris à me situer dans ce nouvel univers et à ne pas être trop critique.  Chacun fait ce qu'il peut dans ce court temps de vie qui nous est destiné.
À voir l'implication de gens déterminés et généreux de leur personne et de leur temps, je n'ai pas hésité à me joindre à quelques équipes pour, de mon mieux, apporter ma contribution.
Et, s'il faut repartir... Un soir, en regardant les montagnes, l'idée m'est venue. Est-ce que je vais mourir ici ?  Est-ce que je suis revenu pour de bon ?
Je me suis rendu compte qu'au fond je n'étais jamais parti.  Qu'on ne quitte jamais son centre, qu'on ne peut que s'en éloigner.  Je me suis simplement recentré.  Revenir ici pour moi, c'est revenir à ma source.  Ce n'est pas simplement moi qui habite dans le village, c'est aussi le village qui habite en moi.  On revient toujours à sa maison, d'une façon ou d'une autre.  Je souhaite, un jour, reposer sur cette terre qui m'a vu naître, elle saura bien me faire renaître.
René-Jacques Gallant
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Volume 29 no 1