L'intimidation à l'école...à dénoncer
Tous les jours, dans toutes les écoles, tant au primaire qu'au secondaire, plusieurs jeunes en intimides d'autres.  Ce n'est pas un problème nouveau, mais il est plus connu aujourd'hui parce que plusieurs chercheurs, un peu partout dans le monde, ont tenté d'en cerner les origines, les manifestations et les conséquences autant chez les victimes que du côté des coupables.
Une étude canadienne nous a appris récemment que 23% des jeunes de la fin du primaire à la quatrième secondaire avouaient avoir pratiqué une forme ou l'autre d'intimidation envers des camarades de classe.  Du côté des victimes, on retrouve entre 10 et 15% d'enfants et d'adolescents qui sont aux prises avec des problèmes d'intimidation, soit à l'occasion, soit fréquemment.  Avec des taux aussi élevés, il est plus que temps de s'attaquer aux racines du mal.  Les mêmes études confirment aussi que ces taux sont similaires lorsqu'on passe des milieux défavorisés aux milieux économiquement plus à l'aise.  La pire difficulté que rencontrent les chercheurs est liée à la loi du silence.  Les jeunes ne se sentent pas à l'aise avec des concepts comme délation et dénonciation, le droit au secret et l'affirmation de ses droits.
L'intimidation ne s'accompagne pas nécessairement de violence physique.  Elle revêt des formes aussi variées que l'exclusion sociale, l'humiliation publique, le rejet pur et simple et les rumeurs blessantes.  Dans une école primaire, une jeune fille se privait de dîner parce qu'elle se faisait traiter de «grosse».  Le jour où elle a rencontré un médecin, il était trop tard, elle avait développé une forme d'anémie qui l'a amené à la mort quelques années plus tard.  Le décès de cette jeune fille n' a pas fait la manchette des journaux comme celui du garçon de l'école de Trois-Pistoles, décédé suite à un coup de poing.
Les conséquences de l'intimidation sont très variées.  Les victimes et les coupables peuvent développer des problèmes de santé mentale, comme la dépression, des troubles liés à l'insécurité, une faible estime de soi, de l'anxiété et à la limite, ces personnes peuvent devenir suicidaires très jeunes.  Plus tard, les coupables risquent de passer à d'autres formes de violences comme le harcèlement sexuel , la violence dans les fréquentations, le harcèlement au travail, la violence conjugale et les agressions contre  les enfants et les personnes âgées.
Il faut aussi agir et travailler sur les causes qui amènent à l'intimidation.  Elles ne sont pas toujours conscientes, mais elles sont problématiques.  Toutes les études mentionnent qu'au départ, les enfants intimidateurs sont issus de familles où les parents sont violents et agressifs avec leurs enfants.  Ils deviennent à leur tour agressifs et réagissent violemment face à des situations conflictuelles.  Ces modèles familiaux ont pour effet que les enfants seront portés à intimider leurs pairs et plus tard, leur partenaire.
Le remède à l'intimidation appartient d'abord aux parents et à leur façon de se comporter avec leurs jeunes et aux intervenants scolaires qui doivent avoir l'œil ouvert pour aider les victimes et intervenir auprès des coupables.  Donnons-nous le mot pour briser le silence et briser le cycle de la violence, car l'intimidation se nourrit du silence des victimes et des témoins.  Pour en diminuer les effets, la publication des données des chercheurs sera d'un grand secours pour les parents et les enseignants.  L'intimidation est une violence réelle, fréquente et universelle dans les écoles.  Si de plus en plus de personnes s'informent, il y  aura sûrement des améliorations.
Jean-Claude Gagné
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Volume 27 no 5