Le grand ménage du printemps
S''il est une expression facile à joindre à la réalité, c'est bien le grand ménage. Cette obligation revient avec insistance à des moments précis. Il faut des raisons majeures pour l'ignorer et nous nous astreignons de bon gré à cette corvée de la cave au grenier pour les bienfaits qu'elle procure. L'expérience aidant, le grand nettoyage se répète année après année avec la même énergie. La peinture à rafraîchir ne contrarie pas trop mais faire les garde-robes, remiser les vêtements d'hiver et réviser le contenu des tiroirs nous obligent à l'évaluation, au choix et au détachement. L'esprit d'économie, l'utilité de l'objet ou d'autres motifs interviennent avec force. Un coup de cœur s'impose, ensuite, tout respire mieux. Plusieurs personnes jettent plus facilement, elles n'accumulent pas et ne connaissent pas cette expérience du passé empilé, voire même d'un encombrement à réduire.
Depuis la mise en place généralisée du recyclage, nous nous détachons plus facilement d'objets qui serviront à d'autres ou seront transformés pour un second usage. Mais l'attachement aux choses nous rejoint en nous rappelant cette interrogation du poète Lamartine : « Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer? » Il est pénible de détruire le vieux carnet d'adresses rempli de ratures et de corrections et les lettres riches de propos soulignant tel événement heureux ou malheureux. C'est affligeant de se départir d'un objet, rappel d'un être cher, d'une tradition familiale ou d'un voyage inoubliable; et combien contraignant d'alléger la bibliothèque de quelques volumes pour y ranger ceux qui s'empilent ailleurs!
Les personnes qui ont dû vider une maison pour déménagement ou pour quelque autre raison nous partagent leur expérience dans le but inavoué de nous aider à nous libérer progressivement du superflu. Notre réponse est rarement immédiate.
Le grand ménage printanier m'amène à penser au remue-ménage auquel la vie nous oblige à la suite d'une maladie, d'un deuil, d'un échec, d'une perte d'emploi ou de tout autre événement qui nous amènent à réévaluer notre façon d'être et notre style de vie.
Notre esprit d'indépendance se heurte à notre besoin des autres, le bien-être habituel fait place à l'acceptation de contrariétés nécessaires. Il devient même sage de consentir à une amputation pour prolonger la vie. L'usage d'une canne, d'une « marchette » ou d'une chaise roulante s'impose pour éviter une situation pire encore. Nous nous apprivoisons à une diète pour corriger un déséquilibre de l'organisme. Nous sommes parfois surpris de notre capacité à nous adapter à des changements que nous aurions cru inacceptables.
Ce zoom sur des situations habituelles et concrètes nous conduit encore plus loin. Qui peut deviner le grand ménage à faire pour changer notre regard sur les personnes, pour modifier notre comportement dans des situations de conflit? Personne ne connaîtra le ménage qui s'est fait pour corriger une tendance indésirable pour réussir l'harmonie d'un couple. Nous ignorons les réflexions, les choix et les détachements qui se sont imposés pour en arriver au succès d'une vie.
Vous en conviendrez avec moi, les grands ménages extérieurs et intérieurs s'avèrent une nécessité que nous nous devons d'accueillir avec lucidité et de mener à terme avec courage et persévérance pour notre bonheur et celui de notre entourage.