Le langage du regard
Nous venons de terminer un été riche en événements importants; que ce soit lors d'anniversaires, de mariages, de baptêmes ou de funérailles nous sommes invités à rappeler des souvenirs ou à faire mémoire de quelqu'un.  Le discours révèle le regard porté sur les êtres et le vécu.
Selon le tempérament ou l'expérience des uns et des autres,  « nous ne sommes pas le même être selon les yeux qui nous ont regardés vivre, » comme nous le démontre Gabrielle Roy en parlant de sa mère dans « Le temps qui m'a manqué. »
Nous l'avons expérimenté, plusieurs personnes témoins d'un même événement ne rapportent pas les faits d'une manière identique.  Notre personnalité tout entière s'exprime et « Ce que la voix peut cacher, le regard le livre » d'après Georges Bernanos.
Le langage du regard ne se dément pas.  La sagesse populaire le veut en affirmant que les yeux sont le miroir de l'âme.  Mieux que les yeux, le regard révèle la richesse du cœur, il est en quelque sorte une porte ouverte sur le mystère de chaque être.
Il y a toujours des regards déterminants dans la vie de chacun, ceux que l'individu porte sur les êtres comme ceux qu'il reçoit d'eux.  Un regard approbateur qui met en confiance.  Un regard encourageant qui valorise.  Un regard compréhensif qui pardonne. Ou tout au contraire, un regard angoissé qui inquiète.  Un regard fuyant qui trompe.  Un regard moqueur qui fait mal.  Dans le regard sont cachés des mots qu'on ne sait peut-être pas dire ou des mots qu'on n'oserait pas dire.
Lors de la fête de notre paroisse en 1986, des dames vivaient de belles retrouvailles avec une religieuse qui leur avait enseigné dans les années 40 et elle leur disait : « Vous n'avez pas changé. »  Une ancienne élève s'empressa d'ajouter : « Mais Sœur Lucien, à quinze ans nous n'avions pas de rides ni de cheveux blancs. »  Elle précisa alors : « C'est votre regard qui n'a pas changé. »  Assurément, quoique l'expression varie selon les émotions qui nous habitent.
Comme les verres correcteurs réussissent à améliorer la qualité de la vision, le moyen infaillible d'assurer la qualité du regard c'est de cultiver l'amour des autres.  Et c'est dans l'éclat doux du regard, explique la pédiatre et psychanalyste Françoise Dolto, que la personne se sent reconnue et trouve sa raison de vivre.
Soucieuse de cultiver cet esprit, l'équipe du journal entreprend sa vingt-sixième année en posant sur les êtres et les événements le regard qui maintient la poursuite de ses objectifs :  valoriser les personnes et rendre compte de ce qui se fait de beau et de bon chez nous pour créer des liens et contribuer à la vitalité du milieu. 
Jacqueline Paquet
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Volume 26 no 1