Le temps des Fêtes
Quand j'étais jeune, on ne disait pas le '' temps des Fêtes'' mais les ''Fêtes'' tout court et on avait vite appris que ces Fêtes, c'était Noël, le Jour de l'An et les Rois.
Chaque famille avait ses traditions et les célébrations religieuses y occupaient une place intouchable. Le sapin, décoré le 24 décembre, parfumait la maison et perdait ses attraits le lendemain des rois.
La ronde des petits bonheurs se poursuivait avec la Messe de Minuit. L'église illuminée nous ravissait, on aurait dit que le soleil s'y était enfermé juste pour nous autres; les vêtements sacerdotaux dorés; le chant polyphonique, l'Adeste fideles, les cantiques de Noël qui révélaient chaque année les belles voix des solistes; l'immense crèche de Noël et le petit Jésus tout souriant qui nous tendait les bras, c'était l'émerveillement! Nous avions le cœur rempli d'un bonheur indicible. Cette joie créée par l'ambiance se mêlait à la curiosité de voir nos étrennes, au plaisir de réveillonner et de se coucher tard dans la nuit.
Le jour de l'An commençait bien solennel avec la bénédiction paternelle; on échangeait avec émotion des vœux qui se ressemblaient un peu d'un enfant à l'autre. La journée se déroulait ponctuée par la visite des parents, des amis, les poignées de mains, la ritournelle des vœux, des petits becs et les taquineries de bon aloi. Les mets traditionnels répandaient un arôme appétissant, le petit verre animait les conversations et les jeunes installés dans les marches de l'escalier dégustaient des friandises en s'adonnant à des jeux tranquilles.
Aux Rois, on continuait de ''se rendre les politesses'' puis on mettait le point final aux réjouissances des Fêtes qui avaient entretenu les liens d'amitié en favorisant la paix quand ce n'était la réconciliation. Aujourd'hui, quelques traditions sont maintenues dans un contexte différent où la famille a changé de visage. L'effervescence du temps des Fêtes fait irruption en novembre alors que la tempête de la publicité nous lance dans le tourbillon de la consommation. La féerie des lumières rend les maisons joyeuses et annonce une période de réjouissances. Chacun porte en son cœur et en son esprit une ribambelle de souvenirs qui le dynamisent ou le paralysent. Heureuses sont les personnes riches de liens familiaux et amicaux qui les incitent à faire la fête; ainsi elles sortent de leur individualisme et vibrent au diapason des autres.
Le temps de Fêtes, que nous le reconnaissions ou pas, nous permet, à travers toutes les réjouissances, de célébrer d'abord un personnage qui a donné naissance et sens à Noël en s'incarnant dans notre humanité pour nous accompagner vers un Royaume de paix, de justice et d'amour.
Le temps de Fêtes nous projette dans une nouvelle année qui, je vous le souhaite, se déroulera dans la douce lumière de l'Espérance.
Jacqueline Paquet
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Volume 21 no 2