La beauté est en nous
Notre poète Vigneault a écrit dans les premières pages de « Exergues » en 1971 : «Tout a été dit. Mais pas pour moi. »Forte de ce propos, je m'aventure à réfléchir avec vous sur la beauté, valeur que l'être humain recherche avec constance. Le philosophe, Thomas d'Aquin, après les sages de l'Antiquité, affirmait que « la beauté est la splendeur du vrai. »
Ce qui me rappelle, et plusieurs lectrices se souviendront aussi, cette phrase que sœur Lucien avait inscrite en permanence au tableau noir de la « grande classe » : « Aime le vrai, admire le beau, fais le bien. »
Que voilà des impératifs éclairant en regard de la brièveté de la vie. Notre comportement révèle cette réalité : nous aimons et recherchons la beauté. Elle est d'abord en nous et elle nous ouvre à la beauté du dehors. Certaines personnes investissent des montants faramineux et s'astreignent à des contraintes surhumaines pour la beauté du corps. Aussi, nous y allons largement pour un bel environnement : les décorations du Temps des Fêtes et nos maisons fleuries l'été en disent bien long sur notre goût du beau et je vous laisse compléter vos observations sur les belles choses que nous possédons ou que nous désirons.
Vous est-il arrivé d'entendre dire à un visiteur : « Votre maison est belle, elle respire l'harmonie. » Et quand on ajoute : « Elle vous ressemble », le compliment atteint son comble.
Que nous en soyons conscients  ou pas, la beauté est omniprésente dans les scènes les plus ordinaires de la vie. J'en ai bellement apprécié la description dans le livre : « Donne-moi quelque chose qui ne meure pas. » de Christian Bobin, illustré par le photographe, Édouard Boubat. Dans une épicerie, l'écrivain observe une maman surchargée d'enfants - elle en avait trois - . « Cette femme, tout en cherchant les produits dont elle avait besoin sur les étagères, veillait à part égale sur les trois enfants. Son regard allait dans les trois directions en même temps et sa voix passait sans cesse d'un registre à l'autre, apaisant l'enfant fâché, rappelant l'enfant perdu, berçant l'enfant endormi. Cette attention pleine donnée à chacun, c'est le plus grand art...Folie des mères, sourire des pauvres, patience des gens de peine : leurs visages sont visages de nobles. Sans cette lumière qu'ils donnent à leur insu à ceux qui les approchent, il n'y aurait rien à voir dans ce monde, il n'y aurait même pas de monde. »
Ce tableau saisissant dans sa réalité donne raison à Dostoievsky : « La beauté sauvera le monde. » Elle nous rejoint quand nous gardons notre esprit ouvert à l'étonnement. Elle nous fait grandir en admirant le monde environnant. Elle nous émerveille dans la gratuité des paysages aux quatre saisons. Elle nous parle par les fleurs dans leur simplicité ou leur opulence. Elle nous enchante par le chant des oiseaux, musiciens de la nature... Elle s'impose avec plus de force encore dans le visage des personnes qui rayonnent la bonté, le courage, la tendresse, la sérénité, la passion d'un métier. L'être humain est l'expression la plus achevée de la beauté et il a besoin de la beauté pour vivre. Elle est en nous, elle nous apporte la paix, l'harmonie et la joie de vivre.
Jacqueline Paquet
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Volume 22 no 5