Laisser remonter les souvenirs
En cette période de l'année, nous disposons de plus de temps pour la réflexion, alors les souvenirs occupent une large place dans notre pensée et dans nos conversations. Ils constituent la trame de notre vie et nous servent ou nous desservent suivant l'usage que nous en faisons.
Les poètes et les musiciens s'inspirent souvent de leurs souvenirs pour écrire leurs chansons. La Bonne Chanson de Paul-Émile Gadbois a popularisé ''Nos Souvenirs'' ; ... de nos vingt ans, jolis papillons blancs... des jours heureux, jolis papillon bleus... de nos soucis, de vilains papillons gris et de nos amours, des papillons de velours... Qui n'est pas sensible aux '' Souvenirs d'un vieillard,'' qui nous dit, dans le dernier couplet : ''Ceux que j'aimais, je les ai vus partir?'' Peut-être vous reviennent-elles les paroles de : ''Souvenir d'un jeune âge'' et les ''Souvenirs d'une Horloge'', témoin des heures joyeuses et malheureuses de la maisonnée. Aussi, un proverbe tchèque nous le dit à sa façon : ''Les bons souvenirs durent longtemps, les mauvais, plus encore.''
Les retrouvailles sont des temps riches en explosion de souvenirs. Nous l'avons vécu au Centenaire - déjà 10 ans cette année - nous l'expérimenterons à nouveau en 2005, lors du centenaire de l'arrivée des Filles de Jésus à Sayabec et du 25e de notre journal communautaire. Les rassemblements de famille figurent en tête de liste dans ce domaine.
N'est-ce pas un plaisir toujours nouveau que d'entendre les adultes rappeler les finesses des enfants. : le petit, qui se berce devant le fourneau, émerveillé de voir cuire les aliments et il dit à sa mère que le ''gâteau pousse.'' Le jeune visiteur qui découvre et aime le pain de ménage, au déjeuner, il demande à sa tante : ''En avez-vous encore du pain de poussière?'' Cette dame, artiste, d'âge mûr, qui couvrait le store de sa chambre de dessins quand elle était jeune... Il faudrait des cahiers et des cahiers pour conserver ces souvenirs savoureux qui, dans un contexte donné prennent une grande importance.
Vous avez sans doute remarqué que certaines personnes sont portées à na rappeler que des souvenirs tristes et dévalorisants alors que chez d'autres une réalité joyeuse et positive remonte en surface. Des individus racontent avec emphase des souvenirs qui les mettent en valeur mais sont fort discrets sur les finesses des autres quand ils ne font pas le zoom sur leurs faiblesses... Il s'agit, à n'en point douter, d'un tri inspiré par la nature profonde de l'être qui se révèle par ses propos. Le monde de tous les vivants du passé nous visite par les souvenirs des uns et des autres. Ici, je ne peux m'empêcher de citer l'écrivain Gabrielle Roy : ''Ainsi même après la mort, surtout peut-être après la mort, nous ne sommes pas le même être selon les yeux qui nous ont regardé vivre.''
Si nous jetons un regard dans les albums de photos, sur les objets qui réveillent nos souvenirs d'anniversaire, d'évènements, de voyages, nous revivons des petits bonheurs en compagnie de parents, d'amis qui défient le temps et l'espace pour rejoindre notre pensée; nous retrouvons les ailleurs qui nous habitent parce que nous les avons visités les yeux ouverts, l'esprit accueillant et le cœur aimant.
Vous avez dû entendre d'anciens Sayabécois vous dire qu'en arrivant dans le village de leurs jeunes années, à la vue du merveilleux paysage qui s'offre de la côte à Déry : ''Le cœur nous vole.'' C'est dire que les souvenirs des jours heureux de leur enfance font éclater la joie.
En somme, nous vivons intensément dans le présent enracinés dans un passé qui nous a construits. Je partage avec vous cette opinion du célèbre écrivain, Marguerite Yourcenar : '' Quand on parle de l'amour du passé, il faut faire attention, c'est de l'amour de la vie qu'il s'agit. Quand on aime la vie, on aime le passé, parce que c'est le présent tel qu'il a survécu dans la mémoire humaine.''